Florent Audoye
Né en 1985 à Montpellier, vit et travaille à Paris

"Parodiant les us et coutumes de la vie bureaucratique, Florent Audoye isole, recense un ensemble de gestes, de comportements, d’attitudes et d’habitudes pour mieux les subvertir. Non sans humour et ironie corrosive, il cultive le contraste manipulant le costume cravate comme un déguisement bouffonesque au même titre que la robe et les talons aiguilles, tirés de la culture queer."

C. Dumas

"Le travail de Florent Audoye est parcouru par des interrogations essentielles sur les systèmes de codification qui régissent nos vies et nos rapports à l'institution. Ce travail critique, théorique et conceptuel prend pour autant, notamment dans son travail de dessin, une forme très poétique, mais aussi, notamment dans son travail de performance, une forme extrêmement vivante et humoristique."

E. Barois De Caevel

"Les aliénations invisibles et inconscientes qui nous guident dans notre quotidien sont rejouées par Florent Audoye à la manière d’un cabaret continu où chaque numéro incarne un reflet fragmenté de l’être humain mondialisé."

L. Demuro

#teamworkmakesdreamwork, 2018-2019

Installation : contrat, Iphone pro, documents sur table, edition, certificat de travail, dimension variable
Vue de la Biennale PACT(e), Carreau du Temple, 2019

Oeuvre produite dans le cadre de PACT(e), programme de résidences d'artistes en entreprise du Carreau du Temple, avec la contribution de la CPME Paris Île-de-France

Photo : T. Cecchelani
Curatrice : M. Bescond

Chargé.e du bonheur au travail (portrait), 2018 

Résidence performative en contrat CDD 35h sur 39 jours du 29 octobre au 21 décembre 2018

Oeuvre produite dans le cadre de PACT(e), programme de résidences d'artistes en entreprise du Carreau du Temple, avec la contribution de la CPME Paris Île-de-France

Curatrice : M. Bescond
Photo : A. Métayer

Atelier Danse !, 2018 

Résidence de création en entreprise dans le cadre de PACT(e), programme de résidences d'artistes en entreprise du Carreau du Temple, avec la contribution de la CPME Paris Île-de-France

Artiste chorégraphique : A. Bibia
Photo : P. Nicoué

BUROGA II, 2019

Workshop performatif, 60 min
Séminaire du Carreau du Temple
Théâtre de l’Odéon

BUROGA I, 2019

Workshop performatif, 120 min
Sortie de résidence de recherche Triangle France - Astérides, Marseille

Regard chorégraphique : P. Lavergne
Avec la participation de J. Zhiri, Z. Colonna, E. Fonseca, C. Charlot Buon

THE CHRISTIAN BALL, 2019

Performance chorégraphique, 60 min
Sortie de résidence de recherche Triangle France - Astérides, Marseille

Performeurs : L. Puissant & F. Peretti
Captation vidéo : E. Pavoni


CHRISTIAN I (extrait) 2019

Vidéo couleur, 00'08'', son, en boucle

CHRISTIAN II (extrait) 2019

Vidéo couleur, 00'09'', son, en boucle

CHRISTIAN I (extrait) 2019

Vidéo couleur, 00'07'', son, en boucle

Ville de Nice, 2018 

Dessins au pigment liner noir sur papiers à en-tête de la ville de Nice 
21 x 14,8 cm (les documents), 27 x 21 cm (les cadres), pièces uniques (série de six documents)

Mairie de Paris, 2018 

Dessins au pigment liner noir sur papiers à en-tête de la ville de Paris - Direction des Affaires Scolaires 
21 x 14,8 cm (les documents), 27 x 21 cm (les cadres), pièces uniques (série de trois documents)

Burōtica I (installation), 2018 

Installation performative en 3 actes sur 3 jours
Festival DO DISTURB #4, Palais de Tokyo - Curatrice : V. Matarrese
Vidéo : E. Gambert & M. Boissard 
Co-performeur : L. Maria
Photo : L. Kapelski

Burōtica II (activation), 2018 

Installation performative en 3 actes sur 3 jours
Festival DO DISTURB #4, Palais de Tokyo - curatrice : V. Matarrese
Co-performeur : S. Amadieu
Photo : L. Kapelski

Burōtica III (destruction), 2018 

Installation performative en 3 actes sur 3 jours
Festival DO DISTURB #4, Palais de Tokyo - Curatrice : V. Matarrese
Co-performeur : A. Bibia
Photo : S. Santa Lucia
Vidéo : E. Gambert 

Binge watching (Shining) 2018

Extrait du Facebook en direct réalisé dans la chambre 42 - Robert Barry de l'hôtel Windsor à Nice
Vidéo couleur, son, 1'00''

MOOC - Les objectifs performatifs, 2018

Extrait du shortfilm "Managing" tourné à l'hôtel Windsor, Nice
Vidéo couleur, son, 0'35'' - technique : V. Burger
Curatrice : O. Redolfi

Managing, 2018

Shortfilm tourné en résidence à l'hôtel Windsor, Nice
Vidéo couleur, son, 17'00'' - technique : V. Burger
Curatrice : O. Redolfi

Demande d’autorisation de sortie temporaire d’un trésor national, 2017

Installation performative, 8'45''
Exposition "Tutoriality", Le 6b, Saint-Denis - curatrice : L. Demuro 
Regard chorégraphique : A. Bibia - Crédit photo : M. Mispelaëre

La roue du bonheur, 2017

Installation : peinture murale, bureau et documents de recherche, dimension variable
Exposition 35h "ÇA ROOLE !" UNITÉ 9, Clermont-Ferrand - curatrice : L. Puissant
Crédit photo : A. Laszlo de Kaszon

Hyper Buroo, 2017

Performance-livraison en 8 actions, 12'00''
Exposition 35h "ÇA ROOLE !" UNITÉ 9, Clermont-Ferrand - curatrice : L. Puissant
Crédit photo : A. Laszlo de Kaszon

Totem, 2017

Installation performative, 8'41''
Exposition "Quand Denis rencontre Philippe", Chaideny, Le Plessy-Robinson - Curatrice : C. Chine
Vidéo : F. Dymny (Facebook en direct) 

HOUSE OF BURŌCRAZIA, 2017

Performance-spectacle en 6 actions, 20-30 min
Soirée "A QUEER BALL FOR HOT BODIES OF THE FUTURE !" - Le Point Éphémère, Paris - curateur : G. Kurdian
Regard chorégraphique : A. Bibia - Crédit photo : J. Brody - Musique : F. Audoye

Typologie d’un constat d’état d’oeuvre, 2017

Performance-comique en deux actions sur deux jours, 10 min chaque
Exposition "La Belle Absente", Atelier de J. Borel, Paris - curateur : S. Sorgato
Crédit photo : H. Langlois

Typologie d’un dossier d’œuvre, 2017

Performance-comique en deux actions, 8 min
Rencontres « Excentricités VIII », Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon - curateur : J. Cadoret
Crédit photo : D. Demangeot / Journal Diversions

Typologie de la liste des prix des oeuvres, 2017

Performance-comique en deux actions, 8 min
Festival « Actions à vendre », Espace À VENDRE, Nice - curateur : L. Prexl
Vidéo : L. Postel / Villa Arson

Cravate, 2017

Facebook en direct, vidéo couleur, son, 1'44''
Création cravate : L. Kapelski

Restitution du workshop CN D Camping 2016 de Sophie Perez au Palais de Tokyo - crédit photo : M. Domage

Faire rêver, c'est un métier, 2016

Performance-spectacle en dix actions, 50 min
Festival FRASQ#8, Le Générateur, Gentilly - curatrice : A. Dreyfus
Vidéo : F. Dymny (Facebook en direct)

Louvre, 2017 

Dessins au pigment liner noir sur papiers à en-tête du Musée du Louvre 
21 x 14,8 cm (les documents), 27 x 21 cm (les cadres), pièces uniques (série de quatre documents)

Institut Chorégraphique International, 2017 

Dessins au pigment liner noir sur documents ICI - centre chorégraphique national Montpellier - Occitanie / Pyrénées-Méditerranée
21 x 14,8 cm (les documents), 27 x 21 cm (les cadres), pièces uniques (série de six documents)

Déclaration européenne de services, 2016

Dessins au pigment liner noir sur documents cerfa n°13964*01
29,7 x 21 cm, pièces uniques (série de trois documents)


Les dossiers, 2016 

Vidéo couleur, 00'11'', son, en boucle

La corbeille à papier, 2016

Vidéo couleur, 00'10'', son, en boucle

Le siège de bureau, 2016

Vidéo couleur, 00'13'', son, en boucle

L'agenda de la ministre, 2016 

Vidéo couleur, 00'18'', son, en boucle

Work Adiction Risk Test, 2016

Vidéo couleur, 00'12'', son, en boucle

Travail femelle, 2016

Vidéo couleur, 00'18'', son, en boucle

#Téléphone, 2016 

Vidéo couleur, 00'11'', son, en boucle

#Boîtederangement, 2016

Vidéo couleur, 00'12'', son, en boucle

#Tampon, 2016

Vidéo couleur, 00'11'', son, en boucle

Fiche d'évaluation, 2016

Art-action en deux mouvements, 6'40'', Arainbow release party, Mains d’Œuvres, Saint-Ouen
Co-performeur : F. Dymny - vidéo : S. Madigand - curateur : E. Bigot

#WORK-POOL (Le pauvre et le prolétaire), 2016

Art-action en trois mouvements, 9’40’’, Cité internationale des Arts, Paris
PUBLIC POOL #1 « le mythe est une parole » - C-E-A / Association française des commissaires d'exposition
Photo : S. Santa Lucia

#WORK-GENDER, 2016

Art-action en trois mouvements, 10 min
CAC La Traverse - Centre d'art contemporain d'Alfortville 
Soirée du festival de films queer "THE BLIND LEADING THE BLIND"
Contributions vidéos d’Anna Byskov - Photo : Alain Cardenas Castro 
Curateurs : B. Nin et C. Taling

Renseignements relatifs à votre statut, 2016 

Art-action en trois mouvements, 15-20 min
Exposition « Personne, personnage » - curateur : G. Jacinto
Galerie HD Nick, Aubais - photo : V. Costet

Séminaire #1 (Introduction aux sciences inexactes), 2015

Conférence-performance en cinq actions, 18 min
"Huit actions à l’Amour", Bagnolet - curateur : L. Prexl
Co-performeur : A. Bibia  

Séminaire #2 (Dynamique de connaissance et d'évolution), 2015

Conférence-performance en quatre actions, 18 min
Soirée de clôture du 60ème Salon de Montrouge 
Co-performeur : A. Bibia - Crédit photo : L. Leroy
Curateur : S. Corréard

(de gauche à droite) Paris, 2013, Cartel de Paris, 2014

Paris, 2013
Dessin au crayon à papier gris sur documents d’un Moleskine City Notebook Paris
Série de trois documents, 14 x 8,5 cm (chaque), 24,5 x 44,5 cm (le cadre), pièce unique

Cartel de Paris, 2014
Impression sur papier à en-tête de l’Institut de Céramique Française, 29,7 x 21 cm, multiple

Vue d’exposition, Avant-Garden, La Générale en Manufacture, Sèvres, 2014
Curatrices : Cartel de Kunst 

The Top Five Regrets of the Dying, 2013

Installation : écritures sur documents, trombones, livre sur étagère, dimension variable
Crédit photo : F. Gousset (vue d’exposition du 58ème Salon de Montrouge, 2013)
Curateur : S. Corréard

Le corps contemporain :
entretien avec Florent Audoye

Par Zelda Colonna-Desprats, DIACRITIK, 2019


J’ai rencontré Florent Audoye dans les bas-fonds festifs de Marseille, artiste en résidence à Triangle France – Astérides, à la Friche Belle de Mai en hiver dernier. Florent Audoye est né en 1985 à Montpellier et sa recherche actuelle se veut une critique de la bureaucratie et de l’administration comme antagonistes du vivant, une réflexion pertinente sur le corps contemporain. Rencontre et entretien.

J’ai été immédiatement séduite par son travail et ses performances quasi-minimalistes qui ont le mérite de la juste dose : une posture, un rythme, éventuellement un accessoire… rien d’autre. Les voir laisse place à une beauté épurée, entre évidence et plaisir. Son visage est le décor premier autour duquel il compose un univers dont la dimension esthétique n’est jamais délaissée. Une démarche s’appropriant judicieusement les codes traditionnels de la performance pour un résultat ultra contemporain. La référence à Bill Viola y est parfois évidente, et la répétition un leitmotiv qui est, d’après lui, « une façon de montrer que l’administratif est la perpétuelle répétition d’une action. » Car les cadres administratifs et/ou socioculturels sont les points d’appui des performances de Florent Audoye qu’il déforme et ironise. le corps contemporain n’est-il pas, en effet, devenu objet d’une administration omniprésente, massive, voire aliénante ?

Ayant été temporairement employé dans l’administration, l’artiste en a retenu de nombreux aspects qu’il exploite à travers son travail : la critique d’un corps esclave de la paperasse, de la bureaucratie, de nos nouveaux modes professionnels et fonctionnels.

Mais encore, Florent Audoye outre ses fascinantes performances, créé et anime des workshops – ou ateliers collaboratifs avec partage de création – intitulés BUROGA. Relevant davantage d’un enseignement que d’un happening, l’expérience n’en est pas moins extraordinaire, j’ai pu la vivre dans son atelier de la Friche Belle de Mai en compagnie de quatre autres artistes participantes : la danseuse et chorégraphe Pauline Lavergne et les plasticiennes Clarisse Charlot-Buon, Janna Zhiri et Estel Fonseca.

Nous avions commencé autour d’un thé par un échange sur nos recherches artistiques respectives et notre relation au corps avant la mise en pratique dirigée. Nos corps ont alors été mis à l’épreuve autour de différents thèmes abordés dans une progression logique – le minéral, le végétal, la sexualité, l’interaction, l’évolution de l’homme depuis la cellule jusqu’au corps bureaucratique… – qui nous amène à vivre pleinement l’essence même de la performance et à nous interroger sur ce que notre propre corps et celui des autres est en capacité d’exprimer. Nous avons physiquement expérimenté l’évolution posturale, de l’objet minéral jusqu’au corps bureaucratique et professionnel – un corps continuellement en position assise, connecté, dans la boucle infernale de la répétition.

Véritable enseignement pratique de la performance, proposant des pistes de recherche, nos corps en action ont exploré tout au long de l’expérience différents gestes symboliques possibles. Florent Audoye fait preuve d’une générosité à la fois matérielle et humaine lors de cet événement entre happening, performance collective, fête entre amis, groupe thérapeutique et rituel magique. BUROGA a été d’une grande richesse artistique et humaine. En somme une expérience efficace, à la fois intime et universelle, et extrêmement jouissive. Face à cet enthousiasmant travail personnel et collectif, je n’ai pas résisté à questionner Florent Audoye.


Peux-tu me décrire ton workshop baptisé BUROGA ? Comment est-il né ? 

Grâce aux rencontres avec des danseurs et des chorégraphes je me suis rapproché de la danse contemporaine car la question du corps en mouvement m’intéressait. Depuis 2014, mes performances se sont d’ailleurs dépouillées petit à petit de nombreux artifices du spectacle ou de la mise en scène pour recentrer la place du corps comme outil plastique par excellence. Ma participation à de nombreux workshops au Centre National de la Danse à Pantin m’a également formé à ces temps particuliers de recherche et de pratique avec un chorégraphe. La synergie des groupes et des corps, très caractéristique dans les arts vivants, m’a été salutaire car la pratique des arts plastiques est plus solitaire.


Comment l’as-tu organisé et qu’as-tu l’intention de transmettre à travers sa réalisation ?

A chacune de mes performances, j’essaye de mobiliser l’énergie du visiteur/spectateur mais malheureusement on reste souvent dans une configuration de spectacle (que je critique aussi) car le « quatrième mur » reste très présent. Après des performances à grandes échelles, comme celles que j’ai pu présenter au Palais de Tokyo pour le festival « Do Disturb », il m’a paru évident de créer une forme de performance/workshop en petit groupe afin de travailler plus profondément avec les corps. Que ce soit un public amateur ou connaisseur, j’ai très vite compris qu’il fallait arrêter d’être essentiellement dans le visuel et le mental. Mon mantra était : « On arrête le mental et on passe dans le corps ! ». J’ai donc pu faire partager, en groupe, mes valeurs et mes recherches artistiques sur la question du corps contraint par les normes sociales, économiques et institutionnelles.


Peux-tu nous décrire tes ateliers ?

L’idée principale et de libérer les corps contraints par des comportements induits ou inhérents à nos cultures (le travail, le costume, les vêtements, les gestes quotidiens) par des séries d’exercices physiques qui empruntent des méthodes de sophrologie, de yoga, d’échauffement du corps, de jeux théâtraux, de danse contact, de transe physique ou encore de cabaret burlesque et de disco (des pratiques de rondes de battle ou de soul train par exemple). L’enchaînement de ces exercices est pensé pour amener le corps, petit à petit, à développer son potentiel performatif mais également à faire tomber les préjugés et les barrières sociales imprimées dans les corps (timidité, manque de confiance, peur du contact, etc.). L’axe de départ du workshop BUROGA est de soigner les traumas du corps au travail (assis au bureau devant un écran) ou devant les outils numériques (smartphone, tablettes, scrolling, etc.).


Comment te situer face à l’héritage de la performance et de ses auteurs ?

Je me sens héritier d’une grande histoire de l’art action que j’admire beaucoup et que j’ai découvert tardivement car mon travail était, au départ, très conceptuel et institutionnel. Les performances qui me font vibrer sont celles qui sont vraiment généreuses dans l’énergie et la rencontre partagée entre le performeur et son public. J’aime aussi l’imposante mise en scène du spectacle mais, dans mon cas, je ne vois pas l’intérêt de programmer des performances comme une œuvre d’art autonome sans penser aux corps des publics. En effet, dans mon travail, chaque performance est unique et s’adapte aux contraintes du lieu, de la circulation du public, de la technique présente, de mon entrée et sortie par exemple. J’espère arriver à brouiller les genres et les codes des arts plastiques et des arts vivants ensemble, afin de les mettre en tension.


Que penses-tu apporter à la scène contemporaine ?

J’espère amener de l’authenticité et une forme d’énergie bienveillante dans l’art contemporain qui est, comme tout milieu professionnel, extrêmement codifié et sous contraintes. Les arts vivants, et notamment les arts chorégraphiques que je connais mieux, me semblent plus fédérateurs et accueillants. Je me rapproche tout naturellement vers eux tout en gardant l’exigence de la production scientifique et intellectuelle des arts visuels. J’assume volontiers mon usage de références mainstream ou populaires dans mes recherches pour toucher un large public, créateurs ou non, car nos corps sont tous concernés par les problématiques artistiques que je traverse. La performance est vraiment mon médium de prédilection car mon corps trouble déjà les questions du genre (je suis de genre neutre) dans le quotidien, et je peux donc le considérer comme un outil plastique puissant au service d’une proposition artistique.


Qu’est ce qui t’inspire ?

En premier lieu, ce sont toutes les techniques de soins corporels, les thérapies psycho-corporelles, les médecines douces, les enseignements oubliés des peuples traditionnels, les pratiques énergétiques et notamment celles orientales. L’être humain, en se socialisant, semble être tellement loin de ces problématiques, c’est regrettable. On nous apprend à réussir sa vie et non à vivre sa vie. Ensuite c’est l’énergie des manifestations populaires ou festives (carnavals, danses traditionnelles, transes, fêtes) et surtout l’extrême créativité des milieux alternatifs, underground ou queer qui me semble le plus excitant. Dans l’art contemporain je garde un œil ouvert à toutes les familles de création mais j’aime particulièrement les artistes qui utilisent le registre de l’idiotie, du burlesque et de l’humour. Enfin, les artistes des arts vivants me font vibrer comme les musiciens ou les chorégraphes contemporains mais j’avoue que j’adore aussi les grosses productions de l’opéra !


J’ai été, tout comme toi, employée pendant des mois à un poste très administratif dans une grande institution publique. Mon expérience de l’administration est celle d’une sensation de bienveillance cependant très infantilisante, et surtout d’un sentiment terrible d’inutilité personnelle et matérielle, celui de ne servir à rien et de produire du rien. Un quotidien de cette sorte est le lot commun de grand nombre d’entre nous. Ton travail ironise cette condition. Pourquoi ce choix ? Peux-tu m’en dire davantage sur ton choix à ce sujet ?

L’absurdité de nos vies réduites à des processus et des formulaires qui nous catégorisent à l’extrême, est une forme de violence en effet. L’être humain est une palette de richesses qui sont réduites ici, de manière souvent binaire, à des mesures de pression, de contrôle et de statistique. C’est une roue qui tourne sans cesse et qui entraîne tout le monde (administrés et administrants) dans un système de hiérarchie et de pouvoir. Je reste toutefois un admirateur des procédés administratifs car finalement, j’aime bien les cadres pour les décadrer ! Pour critiquer un système, il faut bien le connaître et là, l’absurdité prend plus de légitimité dans la critique qu’une simple condamnation. Je dois rappeler aussi que je suis universitaire donc je suis très familier de la recherche documentaire, j’ai également un parcours professionnel dans les institutions d’art contemporain avec des procédures que je trouve belles (les constats d’états, la conservation et restauration des œuvres etc.). A noter également que j’ai eu la chance d’avoir un temps de chômage où j’ai pu multiplier les projets de recherches, de résidences et de performances peu ou mal payées.


Quel est pour toi le corps contemporain ? Pendant le workshop, je me rappelle l’avoir intérieurement défini comme un objet de consommation soumis aux lois de la beauté et de la science. Mon approche du corps est cruelle. Mais lors des actions que tu nous entraînais à exécuter, il devenait joyeux, support ironique, outil de l’artiste et de tout un chacun.

Tout à fait, mon travail tourne essentiellement sur la dédramatisation de nos contraintes physiques ou intellectuelles que l’on s’impose. Pour cela, j’ose utiliser les esthétiques du gag, du burlesque, du jeu théâtral, du cabaret ou encore du music-hall ! L’être humain doit simplement lâcher le mental, respirer, prendre conscience que son corps est un outil plastique qu’il peut modeler comme il le souhaite et non comme les autres le voudraient. C’est aussi simple que cela, mais cela demande beaucoup d’autodérision, de sens critique, de recul et de mettre aussi de côté son égo surdimensionné et de se faire confiance. A partir de là, tout est possible. J’ai moi même dû assumer ma sexualité, mon genre ou mon statut d’artiste-auteur, et j’espère bien être artiste-interprète pour d’autres artistes, performeurs ou chorégraphes afin que mon corps soit leur matériau. De toute façon nos corps sont essentiellement composés d’eau, ils sont fluides et ne sont que poussière dans l’histoire de l’humanité.

Florent Audoye : « Je suis devenu
le confident de chaque salarié »

Par Vincent Bouquet, Les Échos, 2019


« Chargé du bonheur au travail » pendant huit semaines au sein de la CPME, le performeur a vu le collectif de travail évoluer, en même temps que sa propre pratique artistique.


Pourquoi avoir accepté ce projet de résidence d’artiste au sein de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME Paris île-de-France) ?

Mon travail artistique est, depuis longtemps, axé sur la façon dont le pouvoir institutionnel normatif structure le genre et l’identité des individus. J’ai d’abord travaillé sur des documents administratifs que j’ai transformés en dessins, puis j’ai recensé, grâce à des vidéos, toutes les postures que l’on pouvait adopter dans le monde de l’entreprise, soumis à un système de pouvoir particulier induit par certaines méthodes de management. 

À partir de ce matériau, j’ai développé des performances qui visaient à détourner ces postures de bureau, de manière comique, burlesque, voire absurde. Certains de mes proches m’ont alors dit : « Tu travailles sur l’entreprise, mais tu devrais travailler dans l’entreprise, avec une vraie équipe. » Et c’est exactement ce que proposait le Carreau du Temple dans le cadre de sa Biennale PACT(e) à laquelle j’ai choisi de participer.


Qu’aviez-vous à apporter à ces salariés ?

Je souhaitais confronter cette petite équipe, cloisonnée dans un petit bureau qui avait tout du huis clos théâtral, à un challenge interne. Pour cela, j’ai eu l’idée d’incarner un « chargé du bonheur » car ce rôle est naturellement burlesque. J’ai tenu à intégrer ce collectif, y compris d’un point de vue administratif, en ayant un contrat de travail classique de 35 heures, qui a d’ailleurs été exposé lors du rendu final présenté au Carreau du Temple. 

Une fois face à eux, je me suis rendu compte que, si j’adorais habituellement me moquer de moi, je ne pouvais pas me moquer de ces personnes. J’ai donc décidé de travailler sur eux, sur leur corps, d’ausculter leurs postures de bureau, d’examiner leurs réactions face au stress contemporain causé, par exemple, par la réception continue d’e-mail.


Comment cela s’est-il matérialisé ?

J’ai multiplié les idées et les actions en organisant, pêle-mêle, des ateliers de méditation et de sieste au travail, une initiation à la sophrologie, des entretiens en face-à-face, un accompagnement lors du trajet domicile-travail, etc. 

Je suis même allé jusqu’à planifier un workshop (atelier) avec un chorégraphe et j’ai, un jour, amené un petit chien au bureau. J’ai pris mon rôle de « chargé du bonheur » très à coeur et ai décidé de tout faire, de la pause clope à la pause déjeuner. A huit ou neuf personnes, cette cellule avait quelque chose de très familial.


Comment ont-ils réagi face à ces initiatives ?

Pour eux, j’étais un salarié classique. J’ai rencontré beaucoup de freins, au départ, par rapport à ma manière de les « déranger » dans leur quotidien de travail. Ils ne parvenaient pas à comprendre ce que je faisais là et ne m’ont d’ailleurs pas réservé un accueil incroyable. 

Peu à peu, j’ai su les rassurer, et je suis devenu le confident de chacun d’entre eux. Au terme de ces huit semaines, tous m’ont remercié, et ont semblé avoir évolué, tant d’un point de vue professionnel que personnel. Mes interventions naturelles, sans jeu de rôle, exemptes de toute posture, leur ont fait du bien, et ont surtout permis de les faire réfléchir sur leur propre place au sein du collectif de travail.


Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Avant d’être purement artistique, cette expérience était avant tout humaine. Dans mon parcours personnel, j’ai, à de nombreuses reprises, eu des jobs alimentaires où je devais jouer un rôle, avoir la posture que l’on attendait de moi. Avec ce projet, j’ai pu, en quelque sorte, réparer ce traumatisme car je disposais d’une vraie liberté d’être moi-même, tout ce qu’il y a de plus naturel. Cela m’a permis de diffuser mes valeurs, mon travail, dans le corps même des gens. 

Ma pratique artistique en ressort évidemment bousculée. Avant, j’usais d’un humour critique, voire moqueur. Désormais, je me focalise davantage sur le corps de ces gens qui sont, avant tout autre chose, des êtres humains.




Entretien

Par Point Contemporain, 2017


Les performances de Florent Audoye bousculent les cadres administratifs ou socioculturels qui nous régissent et ceux qui nous imposent notre manière d’être comme le genre et l’identité. Lors d’un moment que l’artiste veut privilégié comme peut l’être une rencontre, sa performance tisse un lien entre une invitation, un espace et un public. L’instant se doit d’être unique, loin du spectacle qui lui peut être répété en tout lieu, pour garder toute sa force et son sens. Lors du 58ème Salon de Montrouge Florent Audoye a présenté des formulaires épinglés au mur, annihilant leur « importance administrative » pour les hisser au statut d’œuvre d’art. Progressivement son travail a évolué vers la vidéo et la performance, trouvant un juste milieu entre les arts visuels et les arts de la scène. Des recherches constamment évolutives qui s’ancrent dans une réalité française marquée par une dimension administrative plus développée que dans d’autres pays.

Quel est le point de départ de ton travail ?

Au départ, il y a toujours des normes, des comportements, des codes qui structurent nos corps et nos identités comme nos manières d’être. Au Salon de Montrouge en 2013, j’ai exposé une série de documents administratifs sur lesquels j’avais écrit des petites phrases de regrets de mourants telles que « Je regrette de ne pas avoir fait ce que je voulais » ou « Je regrette de ne pas avoir exprimé mes sentiments », et y avais dessiné des motifs issus d’ouvrages scientifiques ou techniques. Je voulais vraiment donner l’image que Florent Audoye est « l’artiste des formulaires ». En 2014, j’ai continué à dessiner sur des documents de conservation-restauration, des formulaires cerfa, comme pour celui de la « Déclaration européenne de services » où j’ai apposé des motifs de ferronnerie qui sont une évocation directe au château kafkaïen. Je suis issu de l’université et j’ai toujours aimé cette dimension de recherche et de documentation, quelle qu’elle soit.

Un document papier que tu finis donc par affectionner ?

C’est très vrai et d’autant plus pour le papier machine 70 grammes, utilisé dans les administrations et entreprises, qui est très fragile et que je prends soin d’encadrer, ou non. Je trouve drôle, dans notre pays qui est très archiviste et dans une société très administrée, de faire d’un papier aussi « vulgaire » une œuvre. Ces documents ont pour moi, qui ai toujours été fasciné par les artistes conceptuels comme Robert Morris, Hans Haacke, Mel Bochner, Bruce Nauman, Vito Acconci ou Adrian Piper, une valeur importante. C’est exactement ce que je présente au 6b à l’exposition « Tutoriality » où je sacralise, par un accrochage dans un espace d’art, des boîtes d’archives, des feuilles et des formulaires, un thème déjà présent dans la vidéo de ma performance Totem où je montre un personnage à genoux, en prière, devant un empilement totémique de boîtes d’archives. C’est une façon pour moi de déclarer ma fascination, sinon mon amour pour la bureaucratie.

La performance est peu à peu devenue le centre de ton travail…

…Parce que j’ai voulu mettre en mouvement toute cette machinerie, ce management qui nous gouvernent. J’en révèle le caractère absurde en les transformant en gags. J’ai toujours été fasciné par les films comme « Le Dictateur» ou « Les Temps Modernes » de Charlie Chaplin qui, d’une manière très fine, font la démonstration d’une aliénation humaine. J’ai voulu rendre compte, devant le public, ce qu’est un corps assis à un bureau. Je me suis récemment tourné vers la « vidéo-action » pour montrer comment ce corps réagit avec des objets signifiants (chaise, tampon, feuilles…) mais aussi avec les costumes de travail qui deviennent en live des costumes de scène. Tout ce travail sur l’idée d’une administration omniprésente a un rapport avec le burlesque, le carnavalesque. Ces esthétiques sont drôles et légères, elles font aussi partie de ma personnalité. Par exemple, j’admire le travail performatif de la Compagnie du Zerep, d’Arnaud Labelle-Rojoux, d’Anna Byskov ou de Laurent Prexl. Les vidéos, quant à elles, répondent à une demande car mes performances restent uniques et ne sont donc au final vues que par un nombre limité de personnes. Elles m’ont aussi permis de développer la notion de répétition du geste par la mise en boucle. Le format est volontairement très court, entre 8 et 20 secondes et je travaille aussi désormais à partir de Gifs, une façon de montrer que l’administratif est la perpétuelle répétition d’une action.

La question du genre n’est-elle pas aussi au centre de tes préoccupations ?

Elle est primordiale pour moi. Cette question m’est apparue devant des formulaires comportant les deux cases « F » ou « M » à cocher. Pourquoi ces deux seules alternatives ? Je me moque de ces stéréotypes et de tous ceux que l’on peut trouver dans nos sociétés. Je m’amuse des cravates, des talons aiguilles, de tous ces accessoires et c’est pour cela je choisis de les inclure dans une performance.

Le formulaire et la formule de l'art

Par Christophe Donner, 2013


Le formulaire est une insulte. Vraiment l’ennemi de l’art. Il s’insinue partout dans la vie courante pour réduire en miette cette « vie courante » et en faire une vie non courante, une vie découpée en morceaux, des morceaux de cadavre. Le formulaire est le pacte avec le diable que chaque impétrant doit signer avant d’entrer en enfer. 

Le formulaire est laid, il est dessiné par des artistes qu’on a enfermés, frappés, torturés, soumis au chantage : « Maintenant, salaud d’artiste, tu vas nous dessiner un formulaire pour tous les futurs esclaves remplisseurs de formulaire, sinon tu n’auras pas à manger, tu vivras dehors et tout le monde te crachera dessus comme sur un clochard. C’est ton travail : dessine ce formulaire. » L’artiste, qualifié pour l’occasion de graphiste, de maquettiste, dessine un formulaire, mais ça ne va pas, il doit le refaire car ce n’est pas assez laid, pas assez méchant esthétiquement, ce n’est pas artistiquement assez insultant. Il doit s’y prendre à quatre ou cinq fois avant que son « dessin » qui n’est plus qu’un déni de création soit enfin accepté : par le dégueulis des couleurs, le kitch des photos, le démodé des typos, la perversion de toutes les divines proportions, il a atteint le sommet de l’abjection : un formulaire qu’on va pouvoir imprimer, diffuser, distribuer et faire remplir par des quantités de gens qui ne se rendent compte de rien, ils prennent ça pour un jeu, car dans la plupart des cas, il faut remplir des cases. La case est le langage universel du formulaire. En chinois, en russe, en arabe, en anglais, la case est la seule chose qu’on reconnaît d’un questionnaire à l’autre. Il n’y a plus de prénom, plus de nom, plus de date de naissance, il n’y a désormais que des lettres et des chiffres à faire rentrer dans des cases. Et l’humanité se plie à l’exercice avec bonheur, avec son stylo, elle coche, biffe, remplit, heureuse de s’identifier, de se déterminer, elle a l’impression d’exister, et même de s’exprimer alors que, divisée en M, Mme ou Mlle, elle entre sans le savoir dans la régression, elle se fond, se réduit, se tait.

Et puis un jour, Florent Audoye, devant le formulaire d’un dossier de candidature en vue de devenir équipier chez Quick, et alors qu’il lui était demandé d’ « expliquer en quelques mots les motivations qui l’incitaient à postuler chez Quick », le foutre l’a pris, comme disaient les anciens. Le foutre, c’est vraiment ça. Le foutre contre le clean, l’aseptisé, le mort, et contre le mensonge auquel on lui demandait de se plier pour entrer chez Quick. Inventez, M, Mme ou Mlle, un mensonge digne d’une petite case. Il était sur son vélo, d’après ce qu’il m’a raconté, ou que j’ai cru comprendre, et me souvenir, il était sur son vélo et l’illumination lui est venue en pensant à ce qu’il venait de remplir. Il est retourné chez Quick, il s’est emparé du formulaire et il a écrit : « Il me faut de l’argent ». Mais c’était trop bon pour eux, il a gardé la feuille qui était devenue une œuvre. 

Avant de faire ça, il ne savait pas qu’il était un artiste, d’ailleurs il ne l’était probablement pas, malgré ses études d’art. Disons qu’il y avait en lui un artiste dormant, que l’insulte du formulaire a réveillé. 

On peut donc considérer ce geste et tous ceux que Florent Audoye a accompli par la suite, comme dérisoire, on ne manquera pas de dire ou de penser que le gribouillage de formulaire c’est le degré zéro de l’art. On peut aussi, comme moi, considérer que le degré zéro de l’art, c’est ce que peu d’artistes atteignent et que beaucoup de ceux qui se croient artistes n’atteindront jamais, malgré leur succès et les bonnes réponses qu’ils ont pu fournir aux formulaires d’inscription à la guilde des artistes. 

Je crois savoir que c’est par l’anecdote microscopique qu’on aperçoit les grandes choses. L’histoire singulière de Florent Audoye montre que c’est dans la réaction, le réflexe, le refus, et moins dans l’inspiration, la béatitude et la grâce que la création prend sa source.

Audoye a d’ailleurs le mérite de ne pas transformer ces étincelles de lucidité en éclairage accablant sur « notre société ». Son exposé ne produit pas de discours sur la misère, les jeunes, la politique, l’emploi, toutes ces niches pourvoyeuses de formulaires. Son art est fragile, jusque dans l’humour qu’il distille, discrètement.

« En pratique, la méthode bureaucratique revient invariablement à ignorer toutes les subtilités de la vie sociale réelle pour tout réduire à des recettes mécaniques ou statistiques préconçues. » 

David Graeber, in The utopia
of the rules
(2015)

« Dans sa plus simple expression, mon argument est que la paperasse est imprévisible, et que cette imprévisibilité est source de frustration (…). »

Ben Kafka, in Le démon
de l’écriture. Pouvoirs et limites
de la paperasse
(2013)

« Le grotesque administratif, c’est en effet une possibilité que s’est réellement donnée la bureaucratie. » 

Michel Foucault, in Les anormaux (cours du 8 janvier 1975)

« (…) le music-hall est la forme esthétique du travail. » 

Roland Barthes, in Mythologies (1957)

Florent Audoye
Atelier 9007 - 34, rue du Colonel Pierre Avia
75015 Paris, France

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